Un arrêt cardiaque au travail ne prévient pas : un collègue s’effondre en réunion, il ne répond pas, il ne respire pas. À cet instant précis, ce qui déterminera sa survie n’est ni la qualité de vos locaux ni la rapidité du SAMU : c’est ce que feront les personnes présentes dans les quatre à cinq minutes qui suivent. Voici ce qui se joue réellement, et comment préparer votre entreprise à y faire face.
Arrêt cardiaque au travail : ce que disent les chiffres
En France, environ 50 000 arrêts cardiaques surviennent chaque année, le plus souvent au domicile. Le pronostic reste très défavorable : le taux de survie à 30 jours se situe autour de 5 %, ce qui place la France parmi les pays européens aux résultats les plus modestes.
Deux données expliquent l’essentiel de cet écart avec nos voisins. D’abord, la réanimation cardio-pulmonaire initiée par un témoin améliore significativement le pronostic, avec une survie pouvant dépasser 10 % lorsqu’elle est réalisée précocement. Ensuite, la proportion de témoins qui réalisent effectivement cette réanimation reste insuffisante, estimée à environ 40 à 50 % des situations, et l’utilisation précoce d’un défibrillateur automatisé externe demeure rare. Ces données sont issues du document « Prise en charge de l’arrêt cardiaque en 2025 » du Conseil Français de Réanimation Cardio-pulmonaire.
Le facteur temps est implacable. Au-delà de 5 minutes d’arrêt cardiaque sans intervention, la survie est de l’ordre de 7 à 8 %. Au-delà de 10 minutes, elle est proche de zéro.
Comparez maintenant ces délais avec le temps d’arrivée des secours sur votre site, en tenant compte du trafic, du parking, de l’étage et du badge d’accès. L’écart que vous obtenez, c’est exactement ce que vos salariés formés ont à combler.
Reconnaître un arrêt cardiaque, la première difficulté
La reconnaissance est le premier obstacle, et c’est celui qui coûte le plus de minutes. La démarche du sauveteur secouriste du travail est volontairement simple : la victime répond-elle aux questions ? Si elle ne répond pas, respire-t-elle ?
Deux pièges reviennent systématiquement. Le premier est la respiration agonique, ces mouvements respiratoires bruyants, irréguliers et inefficaces qui persistent parfois dans les premières minutes d’un arrêt cardiaque. Un témoin non formé conclut que la personne respire, et n’entreprend rien. Le second est la convulsion initiale, qui oriente à tort vers une crise d’épilepsie.
C’est précisément le genre de situation qu’aucune lecture ne prépare correctement. Il faut avoir observé et pratiqué pour ne pas hésiter.
La chaîne de survie, quatre maillons qui ne valent que reliés
La prise en charge d’un arrêt cardiaque au travail repose sur une succession d’actions, dont chacune conditionne l’efficacité de la suivante.
- La reconnaissance et l’alerte précoces : identifier l’arrêt cardiaque et faire alerter immédiatement le 15 ou le 112, en indiquant le lieu précis, la nature de l’événement, le nombre de victimes et leur état.
- La réanimation cardio-pulmonaire immédiate par le témoin, sans attendre l’arrivée des secours.
- La défibrillation précoce, mise en œuvre dès qu’un appareil est disponible.
- La prise en charge médicalisée par le SAMU ou les sapeurs-pompiers, puis en réanimation.
Les deux premiers maillons ne dépendent que de vous. Aucun service de secours, aussi performant soit-il, ne peut compenser une chaîne rompue dès le départ.
Les gestes à connaître
La conduite à tenir face à une victime qui ne répond pas et ne respire pas est codifiée par le dispositif SST, aligné sur les recommandations européennes en matière de réanimation.
Chez l’adulte, il s’agit de comprimer le thorax par 30 compressions à un rythme de 100 à 120 par minute, puis de réaliser 2 insufflations, et de répéter ces cycles de 30 compressions et 2 insufflations. Le défibrillateur doit être mis en œuvre le plus tôt possible, en demandant le cas échéant à un témoin d’aller le chercher.
Chez l’enfant et le nourrisson, la conduite à tenir est la même, avec deux différences : on débute par 5 insufflations, et les cycles comportent 15 compressions pour 2 insufflations.
Deux précisions issues du référentiel comptent beaucoup en entreprise. Si les insufflations ne peuvent pas être effectuées, il faut réaliser uniquement les compressions thoraciques, en continu. Et lorsque deux sauveteurs sont présents, ils se relaient toutes les 2 minutes en interrompant le moins possible les compressions : c’est ce qui permet de tenir dans la durée sans perdre en efficacité. La réanimation se poursuit jusqu’à l’arrivée des secours.
Ces gestes figurent dans l’aide-mémoire « Sauvetage secourisme du travail » publié par l’INRS, remis à chaque salarié à l’issue de sa formation.
Le massage cardiaque est-il à la portée de tout le monde ?
Oui, et c’est un point sur lequel nous insistons en formation. Le geste est physique, il fatigue vite, il impressionne. Mais il ne demande ni force exceptionnelle ni compétence médicale. Il demande d’oser commencer et de ne pas s’arrêter.
La crainte de mal faire est le principal frein observé chez les témoins. Elle mérite une réponse claire : ne rien faire face à un arrêt cardiaque conduit au décès dans la quasi-totalité des cas. Une réanimation imparfaite vaut infiniment mieux qu’une absence de réanimation. Et même lorsqu’un témoin ne se sent pas capable de réaliser les gestes, l’alerte précoce des services d’urgence contribue déjà à améliorer les chances de survie de la victime.
Pourquoi un salarié formé change tout
Un salarié formé apporte trois choses qu’un témoin non formé n’a pas.
Il gagne du temps sur la reconnaissance. Là où un témoin hésite, questionne, appelle un collègue, il conclut en quelques secondes et déclenche l’alerte.
Il agit sous stress. La formation SST repose sur des mises en situation répétées. Cette répétition crée des automatismes qui résistent à l’émotion, ce qu’aucune information écrite ne produit.
Il organise les autres. Il désigne nommément la personne qui appelle, celle qui va chercher le défibrillateur, celle qui attend les secours à l’entrée. Cette répartition évite la paralysie collective, très fréquente lorsque personne n’a de rôle attribué.
C’est l’objet même de la formation initiale de sauveteur secouriste du travail, d’une durée de 14 heures. Le certificat délivré est valable 24 mois et se maintient par une session de recyclage MAC SST de 7 heures. Ce délai n’est pas administratif : les gestes se dégradent réellement en deux ans sans pratique.
Ce que l’employeur doit organiser face à un arrêt cardiaque au travail
Former ne suffit pas si le dispositif d’ensemble n’est pas prêt. Quatre points méritent d’être vérifiés dès aujourd’hui dans votre entreprise.
La couverture réelle. Avez-vous une personne formée présente à chaque horaire et sur chaque site, y compris pendant les congés ? Notre article sur le nombre de SST nécessaires détaille les repères applicables.
La validité des certificats. Un certificat expiré vaut absence de secouriste dans votre dispositif. Si vous êtes en retard, notre article sur le certificat SST expiré explique comment régulariser.
L’accès des secours. Portail, interphone, ascenseur, badge : désignez à l’avance qui descend accueillir le véhicule de secours et le guide jusqu’à la victime.
L’équipement. Si vous disposez d’un défibrillateur, son emplacement doit être connu de tous et sa maintenance suivie. Si vous n’en avez pas, la question mérite d’être posée : nous faisons le point sur les cas où le défibrillateur est obligatoire en entreprise, et sur ce que le Code du travail impose malgré tout aux autres. Le cadre plus large de vos obligations figure dans notre article sur la formation SST en entreprise.
FAQ : arrêt cardiaque au travail
Que faire immédiatement face à un arrêt cardiaque au travail ?
Vérifiez que la victime ne répond pas et ne respire pas, faites alerter le 15 ou le 112, débutez sans attendre les compressions thoraciques et faites apporter un défibrillateur. Chaque minute perdue réduit fortement les chances de survie.
Combien de temps faut-il continuer le massage cardiaque ?
Jusqu’à l’arrivée des secours, ou jusqu’à ce que la victime reprenne une respiration normale. Avec deux sauveteurs, relayez-vous toutes les 2 minutes en interrompant le moins possible les compressions.
Faut-il faire les insufflations ?
Elles font partie de la conduite à tenir enseignée en SST. Si elles ne peuvent pas être réalisées, pour quelque raison que ce soit, il faut pratiquer les compressions thoraciques seules, en continu : c’est très largement préférable à l’inaction.
Un arrêt cardiaque au travail est-il un accident du travail ?
Un malaise survenu au temps et au lieu de travail bénéficie d’une présomption d’imputabilité au titre des accidents du travail. La caisse instruit ensuite le dossier au vu des circonstances et des éléments médicaux.
Peut-on être poursuivi pour avoir mal réalisé les gestes ?
Le statut de citoyen sauveteur, créé par la loi du 3 juillet 2020, protège la personne qui porte assistance de bonne foi. Le risque juridique réel est celui de la non-assistance à personne en danger, pas celui d’une réanimation imparfaite.
Le défibrillateur peut-il être utilisé par une personne non formée ?
Oui. L’appareil analyse lui-même le rythme cardiaque et ne délivre un choc que s’il est indiqué, en guidant vocalement l’utilisateur. Une équipe formée s’en saisit toutefois beaucoup plus vite.
Combien de salariés faut-il former pour être réellement couvert ?
Le bon critère n’est pas un pourcentage mais la couverture : au moins deux personnes formées par site et par plage horaire, avec une marge pour les congés et les déplacements.
Préparez votre entreprise avant d’en avoir besoin
Un arrêt cardiaque au travail ne prévient pas. La seule variable sur laquelle vous pouvez agir à l’avance, c’est la capacité de vos équipes à réagir dans les cinq premières minutes.
High Level Formation est un organisme certifié Qualiopi, permettant la prise en charge par votre OPCO, et habilité par l’INRS pour délivrer les certifications SST. Hugo Luisy, formateur certifié INRS, intervient également sur le terrain avec le SAMU 92 et les Pompiers de Paris : les mises en situation proposées à vos équipes viennent de situations réelles, pas de scénarios de manuel.
Nous intervenons directement dans vos locaux à Paris, dans les Hauts-de-Seine et partout en Île-de-France. Pour une sensibilisation courte de l’ensemble de vos collaborateurs, découvrez notre initiation d’une heure « Faire face à un arrêt cardio-respiratoire ». Pour un dispositif complet et certifiant, orientez-vous vers la formation SST.
Demandez votre devis : réponse sous 24 heures.
Sources
Article L4121-1 du Code du travail, Légifrance
Prise en charge de l’arrêt cardiaque en 2025, Conseil Français de Réanimation Cardio-pulmonaire
Sauvetage secourisme du travail, aide-mémoire ED 4085, INRS
Organisation des secours : accident, malaise, INRS
Article R4224-14 du Code du travail, Légifrance